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Analyse de quelques oeuvres...

Regardons les œuvres à travers l’œil de professionnels

Autoportrait au béret rouge , 1917, pastel, Collection Musée Charles Milcendeau, Soullans

1917, année prolifique en ces temps de guerre pour Charles Milcendeau, si l’on en juge par le nombre de ses toiles sur lesquelles il pose un regard sur un marais soumis aux caprices du temps et un regard sur lui-même.

Si son œuvre est souvent emprunte de tristesse, de mélancolie, sa palette plutôt grise, reflet d’une santé bien fragile et d’un moral balayé par des idées noires, l’artiste se veut, ici par cet autoportrait coloré, rassurant pour les autres et pour lui-même. Il l’est d’autant plus qu’il a choisi délibérément de s’inscrire dans un intérieur probablement maraîchin tout aussi coloré. Le choix du pastel, des tons chauds comme le rouge et le jaune sont autant de clins d’œil à un pays qu’il considérera jusqu’à la fin de sa vie comme sa seconde patrie.

Plus qu’une réminiscence, ce portrait n’est-il pas aussi la manifestation d’une volonté de retrouver dans un avenir proche ces couleurs qui ont tant inspiré son œuvre ? Ce n’est pas un hasard si l’année suivante, en effet, Charles Milcendeau se rend à Combo sur les conseils de son médecin, puis à Saint Jean Pieds de Port.

Là, le pays basque lui rappelle étrangement l’Espagne avec ses maisons anciennes regroupées autour d’une église gothique entourées d’un mur de granit rouge, les portes ogivales, le pont ancien qui enjambe la Nive, ses types de grand caractère qui descendent des montagnes avec des attelages de bœufs à l’ancienne.

L’Autoportrait au béret rouge revendique la double identité de Charles Milcendeau à la fois peintre de Ledesma et peintre du marais.
 

Marie-Elisabeth LOISEAU - Conservation Départementale des Musées de Vendée

 

Intérieur maraîchin   : la partie de cartes , 1906, pastel sur papier, collection Musée Charles Milcendeau, Soullans

Ce pastel mérite une intéressante comparaison avec celui du Complot : l’homme au crâne dégarni est encore là, mais cette fois, il s’agit d’une partie de cartes. Sommes-nous dans la même pièce ? Vue de l’autre côté, dos tourné à la cheminée ? C’est possible.
Ici, les hommes sont occupés à jouer aux cartes au retour d’une partie de chasse qui semble avoir été fructueuse : sur une barrique, à droite, on reconnaît des étourneaux sansonnet, des vanneaux huppés, des sarcelles d’hiver et des canards colvert, tandis qu’à l’opposée, sont suspendus à une potence d’autres vanneaux, sarcelles et un mammifère dont on devine dans la pénombre la fourrure.
L’ambiance et l’atmosphère sont également comparables à ceux du Complot : même affirmation du clair-obscur qui modelant les visages : l’homme chauve qui est encore le personnage principal de la scène est encore en pleine lumière. Cette fois, il ne s’est pas rasé et porte une barbe de plusieurs jours. Il vient d’abattre son jeu d’un geste décidé, volontaire, sûr de lui, montrant ainsi qu’il est « servi », il attend.
Les trois autres examinent leurs cartes, celui de face avec gravité, celui de droite esquisse un sourire malicieux de satisfaction à l’adresse de son partenaire.
Debout, derrière, la femme portant une coiffe ornée d’un velours noir (est-elle en deuil ?) tient un pichet bleu au col brisé, sans doute par mille maladresses ou excès d’alcool, elle regarde le jeu de l’un des joueurs avec attention et peut-être un soupçon d’inquiétude : « que va t-il faire ? » semble-t-elle se demander.
Sur la table, la mise : monnaies ou jetons brillent d’un éclat doré.
En retrait, éclairée par une belle lumière, une scène d’allaitement constitue le second sujet du tableau. L’artiste a ainsi surpris dans l’intimité par opposition au jeu des hommes, cette maternité attendrissante. Rare scène d’ailleurs connue que seul Milcendeau, l’enfant du pays, se faisant discret, a pu surprendre dans une société rurale où la pudeur est de mise.

Christophe VITAL - Conservation Départementale des Musées de Vendée

Bourrine dans le marais , 1917, huile sur toile, Collection Musée Charles Milcendeau, Soullans

Cette grande tristesse qui se dégage des peintures de Charles Milcendeau « dernière période », est encore plus accentuée dans cette œuvre par l’immensité du gris.

Le ciel et l’eau se confondent dans une atmosphère de désolation. Seuls la minuscule silhouette d’un homme en yole, ces deux passeuses au premier plan, un timide rayon de lumière au dessus de leur tête, un rideau de fumée se dégageant d’une bourrine, laissent entrevoir un peu de vie.
L’artiste met en évidence la solitude des femmes qui doivent faire face à l’absence d’un mari ou d’un frère mobilisé.

Leur demeure est une île au milieu de cette étendue d’eau qui recouvre le marais. À peine devine-t-on au loin le rivage : l’horizon semble quasiment absent.

Ne fallait-il pas aimer profondément son marais pour y trouver refuge sur quelque morceau de terre émergeant à peine pour le contempler et le peindre sur une toile épaisse fixée à un châssis fabriqué par lui-même ?

Marie-Elisabeth LOISEAU - Conservation Départementale des Musées de Vendée

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